Thierry Geffray, batisseur d’avenirs

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Nous avons travaillé plusieurs années avec Thierry Geffray et souhaitons saluer sa capacité à cultiver les idées, les mettre en débat, en œuvre, les transmettre.

 

Paysan chercheur

Originaire de Normandie, Thierry était Ingénieur en agronomie tropicale. Après deux années de coopération en Amérique du Sud, il s’installe dans le Haut Diois en 1976, dans un milieu en déprise. Il n’aura de cesse d’y vivre le métier de paysan, de le relier au pays Diois. Dès les années 1980, sur le hameau de Montlahuc, avec Camille Brochier, sa compagne, Pascal Baudin puis Thomas Véricel, ils développent un élevage de moutons Préalpes. Leurs béliers réputés contribuent à l’amélioration du cheptel local. Leur système de gestion des espaces pastoraux fait modèle. Le GAEC expérimente : énergie renouvelable, compostage, permaculture, vente directe… Il est transmis à une équipe de jeunes, le hameau compte 40 habitants à l’année. De 1985 à 1995, Thierry préside le Groupement des CETA du Diois. Avec Pierre Lys et d’autres, il en fait un lieu de dialogue entre agriculteurs de tous métiers et origines. Ils pensent un développement agricole où les connaissances circulent « du bas vers le haut », qui transforme le territoire. Le CETA des plantes aromatiques et médicinales est à l’origine de la coopérative du même nom et du développement de la filière dans la vallée. Avec 5 coopératives et le CFPPA, au sein du comité de développement Agricole du Diois, il développe l’agriculture biologique et fait du Diois le moteur du « 1er département bio de France ».

 

Bâtisseur du Pays Diois

Il exerce deux mandats d’élu de 1995 à 2008. Délégué de Bellegarde en Diois, vice-président, puis président en 2004, il contribue à construire la communauté des communes du Diois d’aujourd’hui, toujours en partant de la base. Il pilote un projet de territoire patiemment élaboré avec 2.000 habitants, 600 conseillers municipaux, les scolaires, des artistes. Un conseil de développement est créé. Il multiplie schémas et slogans, les fait vivre en aidant le Diois à « passer de l’arrière-pays de l’époque productiviste à l’avant pays de l’époque qualité » et à « décrocher des pompons financiers sur le manège de l’aménagement du territoire ». Il témoigne, fait connaître et implique le Diois dans de nombreux réseaux, l’enseignement et la recherche.

 

Tisseur de liens

Avec d’autres, il comprend que le projet du territoire doit reposer sur la qualité des relations entre ses habitants, anciens ou nouveaux. Il s’agit de respecter les singularités de chacun, de créer des liens et des moments conviviaux, symboliques. En cela, fête de la transhumance et festival Est-Ouest contribuaient à son bonheur. En 2004, il est à l’origine de l’achat par la Communauté des Communes, du domaine du Martouret, qui vit encore aujourd’hui en étroite relation au territoire. A partir de 2000, il propose de poursuivre cette dynamique au sein de la Biovallée qu’il a construite avec élus et acteurs de la basse vallée. Après 2008, dans l’association Biovallée, il contribue à inventer une gouvernance unique, où les non-humains auraient une voix, où ceux qui le souhaitent contribuent à transformer le territoire, face aux défis du futur.

 

Aventurier du vivant

A la fin de sa carrière d’éleveur, il est confronté au loup. Avec l’école de la nature et des savoirs, à partir de la culture des indiens Kogis, il replace le vivant au cœur des pratiques agricoles. Il imagine que demain, les « paysans deviendront des paysculteurs », en lien avec la nature de chaque territoire. Bien avant que d’autres n’en fassent des discours, il teste, transmet et permet de comprendre ce que pourrait être la transition vers un monde vivable, où l’agriculture serait placée « au-dessus de tout » !

 

Pierre-Antoine Landel et Philippe Méjean

 

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